Patrick Artus : «La question de la révolte des salariés n’est pas à prendre à la légère»


révolte

 

Le mythe de la croissance a du plomb dans l’aile et ce sont les travailleurs seuls qui en font les frais, les actionnaires voulant avant tout préserver leurs dividendes. Une situation potentiellement explosive selon le chef économiste de Natixis. . C’est un monde à l’envers qui s’est dessiné en l’espace de deux ou trois décennies. 


Il y a un peu moins de vingt ans, les pays occidentaux, portés par les progrès technologiques, se rêvaient sur les chemins de la croissance. Le rêve semble de plus en plus voler en éclats. Relative faible croissance, baisse du niveau de vie, inégalités, paupérisation, déclassement, peur d’être débranché par les robots… Et si les salariés se révoltaient (Fayard), tel est le titre de l’ouvrage de Patrick Artus, chef économiste de Natixis et professeur associé à l’université de Paris-I, cosigné avec la journaliste économique Marie-Paule Virard. Les auteurs y analysent les mutations profondes qui sont à l’œuvre dans l’économie mondiale et qui alimentent la colère des classes moyennes et populaires.

La situation est-elle si désespérée qu’il faille s’interroger, comme le dit le titre de votre dernier ouvrage, sur une possible révolte des salariés ?

Il suffit d’observer comment ont été malmenées les classes moyennes occidentales pour effectivement comprendre que la question de la révolte des salariés n’est pas à prendre à la légère. Ces classes se vivent comme les grandes perdantes des bouleversements qui sont à l’œuvre, leur quotidien est difficile. Partout, les emplois qui paraissaient autrefois solides disparaissent au profit de jobs de plus en plus précaires et mal rémunérés. Selon le McKinsey Global Institute, cabinet de conseil international, près de 70 % des ménages des pays développés, soit quelque 580 millions de personnes, ont vu leur revenu stagner ou même baisser entre 2005 et 2014. Ils étaient moins de 10 millions à avoir connu une telle situation entre 1993 et 2005. Pour l’instant, les salariés manifestent leur détresse à travers des sondages ou lors d’élection, mais on aurait tort de sous-estimer la gravité de cette situation.

Et ce sont les salariés qui doivent tout affronter en même temps ?

Tout, ou presque, pèse sur leurs épaules. En clair, ici ou ailleurs, il leur faut accepter le blocage des salaires dès lors que leurs entreprises subissent une baisse de régime de croissance. Mais à l’inverse, ils ne perçoivent rien lorsque le beau temps revient. Ces salariés subissent ce qu’on appelle la «bipolarisation» du marché du travail, avec d’un côté, une pléthore de jobs à faible qualification et qui contribuent au développement des travailleurs pauvres, et de l’autre une minorité qui rafle la mise. Robert Frank et Philip Cook, deux économistes américains ont théorisé ce phénomène dans les années 90 en parlant de Winner-Take-All Society

Et dans ce fameux Winner-Take-All, ce seraient donc les salariés qui assument les risquent lorsque les entreprises connaissent un creux ?

Oui. Or, ce ne sont pas les salariés qui sont censés les assumer, du moins pas entièrement, mais les actionnaires auxquels il revient d’assurer les salariés même en cas de ralentissement économique. Et ceci en acceptant d’encaisser des dividendes variables, de subir des pertes en capital. Si l’on s’en tient à la théorie classique du salariat, le salarié est censé être protégé et reçoit à la fin du mois, en échange de cette protection ou de son CDI, un salaire fixe qui ne dépend pas entièrement des aléas économiques. En échange de cette condition de salariat, de cette forme de protection, le salarié acquitte en quelque sorte une prime d’assurance à son employeur sous la forme d’un salaire un peu plus bas que le salaire qui serait celui d’équilibre…

La suite ici :http://www.liberation.fr/debats/2018/08/27/patrick-artus-la-question-de-la-revolte-des-salaries-n-est-pas-a-prendre-a-la-legere_1674814

29.08.18

Istacec

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