Sur la pente glissante du nazisme


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À l’heure où un « jeune » politicien, au discours singulièrement archaïque et opportuniste, gesticule pour faire voter une loi interdisant toute comparaison entre des situations politiques contemporaines et le nazisme – afin de prouver à Theo qu’il est vraiment son copain et qu’il va le défendre –, il est sans doute plus utile que jamais de relever justement les similitudes entre ces époques : la nôtre et les années 1930.

 


Qui a dit ? : « Nous nous sommes mis au travail, non pas sans respecter le droit, car nous le portions en nous, mais sans respecter les lois. J’ai décidé tout de suite que si un paragraphe de loi se mettait en travers de notre route, je n’en tiendrais aucun compte et que, pour accomplir ma tâche au service du peuple, je ferais ce que ma conscience et le bon sens populaire me dicteraient « ? Heinrich Himmler, ministre de l’Intérieur du Reich nazi, grand artisan avec Reinhard Heydrich de la mise en œuvre des camps d’extermination.

Cette phrase, citée dans La Loi du sang ; penser et agir comme un nazi de Chapoutot (éditions Gallimard), illustre bien le profond mépris que les nazis avaient envers la loi. Elle résonne aujourd’hui, comme si elle rencontrait à nouveau un assentiment tant dans la population que dans le chef de responsables politiques. Certaines idées sont en train de revenir « à la mode », très proches de celles qui ont nourri l’idéologie raciste nazie. Pas exactement les mêmes, bien sûr : certaines leçons de la guerre ont porté et sans doute personne n’oserait plus en appeler aujourd’hui au meurtre massif pour se débarrasser des étrangers et des « inutiles ». Mais sur le fond, les proximités sont très inquiétantes.

Les deux responsables politiques les plus dangereux aujourd’hui en Europe, Salvini et Orban, en donnent la plus forte expression : au concept de race, ils ont substitué celui de civilisation européenne, blanche et chrétienne. L’ennemi n’est plus le Juif (ce qui n’empêche pas l’antisémitisme de refleurir) mais toujours l’étranger, en l’occurrence le musulman, lui aussi accusé de vouloir détruire la « race » européenne et de mener une guerre impitoyable en vue de son extermination. Sous des formes plus ou moins atténuées, cette argumentation se retrouve chez d’autres dirigeants, qu’ils soient ou non « souverainistes » (l’autre nom du racisme). Comme le rappelle Edwy Plenel, « Emmanuel Macron est le dernier en date de ces intelligents que le présidentialisme rend bêtes. Sa sortie au Danemark sur “le Gaulois réfractaire au changement” opposé à un “peuple luthérien qui a vécu les transformations des dernières décennies” en est la toute dernière illustration. Le trait d’humour aujourd’hui invoqué n’empêche pas que c’est une double ânerie, doublée d’une mauvaise manière. Bêtise historique comme se sont empressés de le rappeler les historiens spécialistes des Gaulois. Stupidité intellectuelle, tant essentialiser un peuple, le réduire à une réalité intangible, c’est raisonner comme les racistes qui ne voient qu’une masse uniforme, homogène et invariable là où il y a des individus divers, mouvants et différents. Inélégance enfin vis-à-vis du peuple qu’Emmanuel Macron est supposé représenter et dont il parle comme s’il en était lui-même extérieur et, surtout, supérieur. »

La suite ici :http://plus.lesoir.be/177460/article/2018-09-09/sur-la-pente-glissante-du-nazisme

10.09.18

Istacec

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