«Le Web rouvre cette question essentielle : toutes les opinions se valent-elles ?»


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Les réseaux sociaux sont devenus des lieux privilégiés pour percevoir les mouvements d’opinion, allant jusqu’à concurrencer les sondages classiques, malgré leur validité scientifique et représentative. Le sociologue Baptiste Kotras a étudié les bouleversements rencontrés par cette notion d’opinion publique en remontant aux méthodes les plus anciennes censées la mesurer.

 

 


Depuis une dizaine d’années, si on veut savoir ce que pensent les gens, ce n’est pas bien compliqué. Il suffit d’ouvrir un navigateur web, d’aller sur un réseau social comme Twitter (Facebook étant, par essence, plus privé) et de lire les avis et considérations des utilisateurs sur tous les sujets imaginables. En 2015, on comptabilisait 500 millions de tweets postés chaque jour (soit 6 000 par seconde). L’expression et la conversation qui s’y déroule doit donc définir, au moins en partie, ce qu’on appelle l’opinion publique. Problème : comment quantifier cette expression quand il est, de fait, impossible de s’assurer de sa représentativité statistique ? C’est le propos de l’essai du sociologue Baptiste Kotras, la Voix du Web (Seuil), qui s’est intéressé aux techniques de mesure de l’opinion en ligne utilisées par les entreprises dites de «social media analysis», en effectuant un parallèle surprenant avec d’anciennes méthodes.

La masse des propos échangés en ligne bouleverse-t-elle la notion d’opinion publique telle qu’on l’entendait jusqu’ici ?

Mesurer l’opinion en assumant qu’un homme égale une voix et que toutes les voix se valent, c’est une configuration qui nous semble évidente. On est nés dedans. Mais elle est très particulière et ne va pas du tout de soi. Le Web, en mettant à disposition la parole des internautes, rouvre cette question essentielle. Sur Twitter, si j’ai 10 000 followers, ce n’est pas pareil que si j’en ai 50. Ce que je raconte a un impact différent… Les métriques du Web rendent très évidentes les questions d’influence qui sont en jeu. Le Web fait complètement éclater le champ d’expérimentation, bien propre et bien net, du sondage où les opinions sont contrôlées un peu comme dans une éprouvette. On ne peut pas du tout les reproduire sur Internet. Et cela réactualise du coup des modes de mesure de l’opinion qui ont existé avant, avec des technologies très différentes, des projets différents, mais qui reposent des questions centrales : toutes les opinions se valent-elles ? Qui peut opiner ? Il ne faut jamais oublier que l’instrument de mesure n’est pas neutre, qu’il a un projet. Mesurer l’opinion à partir des discussions des cafés, d’un sondage ou de ce qui se raconte sur Twitter, ça a des répercussions sur ce qu’on peut en dire, ce qu’on ne peut pas en dire, sur ce qu’on voit, sur ce qu’on ne voit pas et sur le mode de mesure et d’action sur la société qui est véhiculé.

La suite ici :https://www.liberation.fr/debats/2018/09/28/baptiste-kotras-le-web-rouvre-cette-question-essentielle-toutes-les-opinions-se-valent-elles_1681888

3.10.18

Istacec

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