«Une nouvelle normalité? Une meilleure normalité!»




Alors qu’il faut encore gagner la guerre contre le Covid-19, il semble de plus en plus évident que ce qui nous attend après cette victoire, c’est une « nouvelle normalité » dans l’organisation de la société et la manière de travailler .Ce n’est pas très rassurant.


Parce que personne n’est en mesure de dire ce que sera cette nouvelle normalité. Car le message est qu’elle sera dictée par les contraintes imposées par la pandémie, et non pas par nos choix et nos préférences. Et parce qu’on a déjà entendu ce refrain. Le mantra à la mode durant le crash de 2008-09 était qu’une fois qu’on aurait trouvé et appliqué un vaccin contre le virus des excès financiers, l’économie mondiale serait plus sûre, plus équitable et plus durable. Or il n’en a rien été. On a restauré plus que jamais l’ancienne normalité, et ceux qui étaient tout en bas de l’échelle des marchés du travail se sont retrouvés encore plus bas.

Cette pandémie a mis cruellement en évidence la précarité et les injustices extraordinaires de notre monde du travail. Les moyens de subsistance de ceux qui sont dans l’économie informelle sont décimés – là où se situent six travailleurs sur dix – et nos collègues du Programme alimentaire mondial ont déclenché l’alerte sur la pandémie de faim qui arrive. Ce sont les lacunes béantes des systèmes de protection sociale, même dans les pays les plus riches, qui ont plongé des millions de personnes dans la misère. C’est l’incapacité à garantir la sécurité sur les lieux de travail qui condamne près de 3 millions de personnes à mourir chaque année à cause de leur travail. Et c’est la dynamique incontrôlée de l’accroissement des inégalités qui révèle que si, au niveau médical, le virus ne fait pas de discrimination entre ses victimes, son impact socio-économique crée une discrimination brutale contre les plus pauvres et ceux qui n’ont aucun pouvoir.

Devant ce phénomène, la seule chose qui devrait nous surprendre, c’est que nous sommes surpris. Avant la pandémie, ces déficits manifestes de travail décent se manifestaient la plupart du temps par des épisodes individuels de désespoir silencieux. Il a fallu la catastrophe du Covid-19 pour les rassembler en ce cataclysme social collectif que le monde connaît actuellement. Mais on l’a toujours su : on a tout simplement choisi de ne pas s’en occuper. En gros, les choix politiques, par action ou par omission, ont accentué le problème au lieu de le réduire.

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4.05.20

Istacec

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