La vallée des hypocrites, par Evgeny Morozov


Vallée des hypocrites

Il est pathétique que la fonction de contre-pouvoir incombe à des sites comme Gawker. Qu’elle ne soit plus exercée par personne serait encore pire.

Les multinationales de l’Internet ont beau discourir sur la libre circulation de l’information, leurs propriétaires utilisent leur influence pour bloquer la moindre intrusion dans leur vie privée. Illustration récente à l’aune du procès intenté par un ancien catcheur contre un site racoleur.

Notre monde est désormais aux mains d’une poignée de compagnies technologiques — et de leurs propriétaires riches à milliards, toujours plus nombreux — dont les pouvoirs confinent à l’absolu, au détriment non seulement des politiques, mais aussi des médias de toutes sortes.

Deux évènements récents, apparemment sans lien l’un avec l’autre, viennent encore de le rappeler. En premier lieu, un rapport du service aux investisseurs de l’agence de notation Moody’s indique que cinq sociétés technologiques américaines — Apple, Microsoft, Google, Cisco et Oracle — totalisent 504 milliards de dollars de capitaux, soit un tiers des réserves détenues par l’ensemble des entreprises aux Etats-Unis (à l’exception des établissements financiers). C’est la première fois que les cinq compagnies les plus fortunées du pays appartiennent toutes au secteur des nouvelles technologies. La descente menée le 24 mai par la police française dans les bureaux parisiens de Google, pour enquêter sur une fraude fiscale évaluée à 1,6 milliard d’euros, pose à nouveau la question de la provenance d’une telle richesse. Une réserve d’argent aussi colossale requiert et produit nécessairement du pouvoir politique. Les frais de lobbying de Google, par exemple, sont parmi les plus élevés du monde des affaires. Depuis l’élection de Barack Obama en 2008 jusqu’en octobre 2015, les lobbyistes du géant californien ont franchi les portes de la Maison Blanche en moyenne plus d’une fois par semaine.

La suite ici : La vallée des hypocrites, par Evgeny Morozov (Les blogs du Diplo, 30 mai 2016)

2 06 16

Ana

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