Vandana Shiva: « La mondialisation modifie génétiquement l’État »


Vandana Shiva

Pour l’écologiste Vandana Shiva, la guerre des matières premières en Inde est l’un des symboles de l’emprise des multinationales, au détriment des populations et de l’environnement.


L’écologiste indienne Vandana Shiva était samedi au festival We Love Green, à Paris, pour parler de la guerre des matières premières qui fait rage en Inde dans l’indifférence générale. Dans le centre-est du pays, riche en ressources convoitées par les géants de l’industrie (fer, charbon, alu, or…), les populations tribales sont prises en étau entre les paramilitaires qui soutiennent les intérêts des industriels et les rebelles maoïstes. Le conflit a déjà fait des milliers de morts, des dizaines de milliers de déplacés et touche un tiers de l’Inde. Il est au cœur de la glaçante enquête de Lionel Astruc, Traque verte (du nom de l’opération visant à exproprier les populations, lancée en 2009), qui vient de paraître chez Actes Sud. Pour Shiva, qui en signe la postface, il s’agit là d’un enjeu universel.

« Le conflit s’intensifie. Les tactiques utilisées par les paramilitaires sont celles d’une guerre : tortures, pillages, viols, villages brûlés, meurtres… Chaque journaliste qui écrit la vérité sur ce qui se passe est arrêté ou disparaît. Chaque avocat ou observateur qui va dans la région est expulsé ou emprisonné. Le conflit est rendu invisible.

Il est le résultat de la mondialisation. Après la création de l’Organisation mondiale du commerce, en 1995, notre réglementation minière a été assouplie et les multinationales ont cherché à s’accaparer les ressources. Mais sur les terres convoitées vivent des tribus que même l’empire britannique n’a pas réussi à soumettre. En 1996, elles ont obtenu que la loi indienne leur accorde le droit à l’autodétermination. Elles ont exercé ce droit pendant trois ans. La démocratie a fonctionné, mais elle entravait l’économie de l’avidité. Quand on a violé leurs droits en leur imposant des mines, les villageois ont protesté pacifiquement, mais ils ont été jetés en prison. La mondialisation, c’est la loi des multinationales, elle modifie génétiquement l’État : il ne représente plus les intérêts des citoyens mais ceux des sociétés mondialisées. L’État-entreprise finit par se militariser pour servir les intérêts privés. C’est la mort de la démocratie. Cela se passe partout, mais le conflit qui en découle en Inde est l’un des plus violents. Les gens ne voient que les 7 % de croissance du pays, pas d’où elle vient. »
La suite ici : Vandana Shiva : «La mondialisation modifie génétiquement l’Etat» – Libération

15.06.17

Istacec

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